Les docteurs et la haute fonction publique
Le cas particulier de l'ENA
  

L'Ecole nationale d'administration vient de réformer les conditions d'accès suite à l'ordonnance 2005-901 du 2 août 2005, parue au J.O. du 3 août, relative aux conditions d'âge dans la fonction publique (cf. décret n° 2005-1722 du 30 décembre 2005).

Pourtant, force est de constater que cette nouvelle réforme manque d'ambition. Alors que la haute fonction publique s'interroge depuis plusieurs années, dans de nombreux rapports, sur son recrutement et les compétences qui lui font défaut, l'Ecole nationale d'administration ne modifie ses conditions d'accès qu'à la marge, excluant toujours de fait une grande partie des personnes qui seraient susceptibles de postuler. Elle manque ici l'occasion de diversifier le profil des hauts fonctionnaires.

En effet, si l'Ecole nationale d'administration effectue un travail remarquable en formant des hauts fonctionnaires généralistes, le constat est fait d'un manque d'experts dans les hautes sphères de l'Etat.

Or il existe un vivier d'experts à haut potentiel dont l'Etat assure, même financièrement, la formation et qui reste largement inexploité dans ce domaine : ce sont les titulaires d un doctorat.

Une ouverture plus large qu'elle ne l'est aujourd'hui de l'ENA, et de la haute fonction publique en général, serait en outre conforme au souhait exprimé par le gouvernement. Le Président de la République lui-même a demandé récemment, lors de la cérémonie des voeux aux corps constitués de l'administration et de la haute fonction publique, que celle-ci soit ouverte aux titulaires d'un diplôme à bac + 5 et bénéficiant d'au moins trois ans d'expérience professionnelle. C'est tout à fait le cas des titulaires d'un doctorat dans la mesure où la thèse elle-même constitue une expérience professionnelle, selon les termes de la Charte européenne du chercheur.

Quelques mesures suffiraient pour ouvrir dans un premier temps les portes de l'ENA à ce vivier d'experts :

  • reculer la limite d'âge du concours externe de 4 ans, soit 3 ans correspondant a la durée du doctorat + 1 an pour la préparation du concours, et fixer ainsi la limite d'âge à 32 ans pour les titulaires d'un doctorat;
  • supprimer la limite d'âge du concours interne et du troisième concours, tout en maintenant l'idée de l'engagement décennal ;
  • réduire la durée des services effectifs requis à trois ans à l'entrée du cycle préparatoire (durée du doctorat) pour les candidats titulaires d un doctorat ;
  • permettre l'accès au concours interne même après la cessation des fonctions rémunérées sur fonds publics ;
  • ouvrir le troisième concours aux parcours mixtes et/ou mobiles : 8 ans d'expérience professionnelle mixte (public / privé) dont au moins 5 ans dans le secteur privé ou public mais dans un pays étranger ;

Pour en savoir plus, lisez le rapport du groupe de travail ANDèS / CJC / SLR-JC : http://www.andes.asso.fr/download/RapportENA.pdf

Contact : hfp@jeunes-chercheurs.org

Des déclarations qui vont dans ce sens

  • Jacques Chirac, janvier 2006 : "Bien sûr, l'École nationale d'administration doit garder toute sa place dans le recrutement des hauts fonctionnaires. Mais il ne faut pas priver la fonction publique de profils intéressants, actuellement peu représentés, issus par exemple du monde universitaire ou du secteur privé : cela doit nous conduire à envisager la création de deux autres voies d'accès aux postes de responsabilité. "
    Ecouter l'extrait (.mov)
    Allocution de M. Jacques CHIRAC, Président de la République, à l'occasion de la présentation des voeux aux fonctionnaires et agents de l'Etat. Lire ou voir la déclaration.

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